Fête des entreprises : Et si l'on disait que "J'aime ma boîte?"

Jeudi 18 octobre a lieu la fête des entreprises, une journée lancée par Sophie de Menthon, présidente du Mouvement ETHIC. Interview.

 

 

 

"Associer de plus en plus les salariés aux succès de l'entreprise"

Un évènement détonnant et optimiste. Parce que l’entreprise rime aussi avec amitiés, épanouissement personnel, accomplissement professionnel, la Fête des Entreprises «J’aime ma boîte», lancée en 2003 par Sophie de Menthon, a pour vocation de fédérer salariés dirigeants autour de ce qu’ils partagent ensemble,

pas moins de 253 jours de l’année, en vivant une journée pas comme les autres.

 

Est-ce qu’on peut dire que les Français aiment leur boite plus qu'ailleurs en Europe?

Sophie de Menthon : Ce qui est drôle, c’est que l’Allemagne avait répondu à la question en disant « On aime sa famille ou ses amis, on ne peut pas aimer son entreprise ».  Ca révèle un état d’esprit et d’ailleurs, le mot « boîte » peut être très mal compris dans certains pays, alors que c’est une composante importante de la question. Quand on a une familiarité en parlant de sa boîte, c’est qu’on se l’est approprié, c’est qu’on l’aime.

L’objectif est justement un jour de créer une journée des entreprises en Europe. Quatre pays la fêtent déjà en Europe. Ca pourrait être l’œuvre de Pierre Gattaz au Medef International, par exemple. Cela permettrait un lien politique, social au lieu d’être dans la répression, la loi, les sujets qui fâchent. 

Un gouvernement qui se dit pro-business, quel impact cela peut-il avoir sur l'attachement que portent les Français à leur entreprise?

Sophie de Menthon : 65% des Français aiment l’entreprise comme entité, un niveau jamais atteint selon le sondage que nous publions aujourd’hui « J’aime ma boîte ». C’est bien ! Alors oui, ils reconnaissent à Macron le fait de réconcilier les Français avec l’entreprise, à un taux d’ailleurs qui double ses opinions favorables. Il aime les entreprises et on lui reconnaît le fait de réconcilier les Français avec l’entreprise. C’est déjà ça. 

Après, ce qu’il faut voir dans l’étude, c’est qu’on a d’énormes disparités. L’Ile de France explose, 69% des salariés aiment leur boite. Mais les régions aiment beaucoup moins leur boîte, et l’on peut mettre ça évidemment en relation avec les difficultés du chômage que l’on y trouve. Les grandes entreprises, elles, doivent aussi se poser des questions quand seulement 51% des salariés, soit une chute vertigineuse, aiment leur entreprise. La faute à la lourdeur des process ?

Dire "J'aime ma boite" un jour d'accord, mais comment faire pour que cette déclaration perdure le reste de l'année?

Sophie de Menthon : Le fait d’introduire la fête de l’entreprise a aussi permis de créer une habitude à fêter un succès de l’entreprise, à reconnaître les talents et à dire merci aux salariés. Alors que chez nous, ce n’est pas culturel, c’est là que le bat blesse. La fête des entreprises, c’est donc le jour où l’on prend de bonnes résolutions, qu’on cherche à appliquer. C’est une Saint-Valentin, une déclaration qui remet tout le monde d’accord. La recette pour le reste de l’année est difficile à trouver… Ce que l’on sait, c’est que quand l’entreprise « joue au Club Med », ça n’en fait pas plus une raison d’attachement à l’entreprise.

Est-ce qu'on a un chiffre précis de la corrélation entre bien-être au travail et performance?

Sophie de Menthon : Quand on est passionné par son boulot, on est moins fatigué, on aime ça. Le travail est pénible à l’homme, ne l’oublions pas. Il faut le rendre de plus en plus attrayant, intéressant, confortable.

Et que répondre à ceux qui disent que le « bonheur est une hypocrisie managériale » et que ce n’est pas à l’entreprise de gérer le bonheur des autres ? (La Comédie (in)humaine, Nicolas Bouzou, Julia de Funès, Ed. de l’Observatoire)

Sophie de Menthon : Ils ont tout à fait raison sur l’emploi de la notion de « bonheur » qui est inadapté au monde du travail, car trop global. On peut parler de plaisir au travail, de satisfaction, de fierté. Mais si ce n’est pas le rôle de l’entreprise de créer du bonheur, il faut au moins qu’elle crée du bien-être pour faire plaisir au salarié. Un bon résultat fait toujours plaisir, il faut associer de plus en plus les salariés au succès de l’entreprise.